Il&Elle
Il s'est envolé, demain cela fera deux ans.
Elle, deux ans et une semaine.
Avez-vous remarqué comme les papillons sont
fragiles et comme les étoiles tombent?
Il est vite devenu papillon et elle s'est transformée
en étoile avant le coucher de l'astre solaire.
Tu vas mourir. Tu vas déserter la terre. Tu vas créer le plus grand vide jamais érigé, le plus grand déclin humain qui soit, le plus grand néant, dans un infini effroyablement froid. Tu vas mourir. Tu vas déserter ma vie réelle, tu vas quitter l'espace temporel, tu vas partir rejoindre ceux qui auront emprunter le chemin de lumière bien avant toi. Tu vas mourir et moi, je le suis déjà. Le soleil est encore haut dans le ciel, fier comme un mage, dressant sa lumière sur les corps des amants enlacés, depuis combien de temps déjà ne m'as-tu pas touché?
Je n'oses plus prendre ta main de peur que tu découvres le froid qui immacule ma peau et la faiblesse qui coule dans mes veines. Ne me regardes pas ainsi, et laisse mes prunelles caresser tes iris encore un peu, laisse mon regard embraser le tiens, laisse-moi y mettre le feu que je m'y réchauffe encore un peu. Non... N'approches pas ta main de là, tu verras, c'est le silence qui cogne plus fort que l'organe en lui-même. Ne pleures pas je t'en supplie, ne laisse pas l'océan te gagner, ses vagues funèbres écraseraient ton coeur, ne le laisse pas monter, ne laisse pas les flots saler tes joues si douces, je m'y noierais avec toi. Ouvres tes yeux, regardes, si le soleil est encore assez fort malgré les ténèbres qu'apportent la nuit, soyons comme lui, dressons-nous, montrons-lui que la vie est tout aussi forte, qu'elle vaincra les ombres que transporte la mort derrière elle.
La vie a perdue le combat, la cloche sonne, c'est la fin et elle ne nous aura pas sauvé. Elle part, elle s'enfui, la vie est lâche devant les obstacles, elle coule entre les mains et laisse les gens souffrir sans s'interposer, elle ne se préoccupe que de leur donner la puissance de faire battre leur coeur, ensuite elle ne se souci plus de ce qu'ils font. Regardes-toi, la vie t'as laissé tomber. La mort viendra prendre sa place, elle s'insinuera dans les moindres recoins de ton être et elle te berceras, tu verras ce qu'est le froid, le linceul de sa berceuse viendra couvrir ton corps, on embaumera ton âme avant qu'elle ne te borde sous un dernier lopin de terre. La vie, ah la vie! Il n'y a que la mort ici... Ca sent la mort, même les fleurs ont l'arôme de la fin...
Reprends-toi. Ne tombes pas, je voudrais tant te prendre sur mes épaules, encore une fois, et qu'à nous deux les cieux nous appartiennent, que les astres soient les étincelles de notre amour, que la passion ne fléchisse jamais, que la pluie soit les torrents de nos baisers, que l'orage soit la fureur de nos coeurs fous, que nous partions naviguer sur les landes solaires et que nous ne nous amarions jamais, à l'infini dans la barque de la liberté qui n'atteindra jamais de point ferme, jamais de dernier mot, jamais de fatalité mortelle.
Emmènes-moi avec toi...
Viens ici, là, contre moi, une dernière fois. J'ai partagé avec toi toute ces premières fois, et nous partageons aussi les dernières.
Voilà... Fais-moi connaître les dernière fois comme tu m'as fais connaître la douceur du premier mot de ces chapitres révolus. Je veux connaître toutes les fins. Je connais déjà la cessation de la vie, mon coeur ne bat plus, le silence de mon âme répond à la tienne, il n'y a pas d'écho puisque vie il n'y a plus.
Ferme les yeux un instant. Restons ensemble, vivons les derniers moments de deux amants qui se quitteront. Non, non... Ne trembles pas, respires calmement, tu verras, la liberté des cieux est belle, elle est grande. Là-haut florissent les éternelles, valsent les effleurement léger, s'endorment les tourments et naissent les mélodies. Je te porterai sur mes épaules, mes dernières forces seront pour toi, mon âme portera la tienne jusqu'au sommet des perséides, je ne te lâcherai pas un seul instant, nous inspirerons et expirerons ensemble, simultanément nous monterons nous étendre à jamais sur ces jardins tari par la beauté du repos. Tiens, passes-moi le papier là, écrivons ensemble nos derniers mots, tout sera près...
Non. Je ne peux pas. Je ne pourrai jamais. Tu vas mourir, mais je le suis déjà. Ma vie n'était faite que de toi. Partout en moi tu faisais planer mon corps, virevolter mon coeur, vaciller mon âme. Je n'aurai pas le vertige, je respirerai avec ton dernier souffle et suivrai la cadence de cet air qui se glisseras en tes poumons à chque épistolère, à chque semi dernière fois. J'écrirai seule et toi aussi, nous serons amants à jamais mais amoureux dans l'éternité. Je serrerai la main de la mort avant toi et lui dirai de faire attention à ne pas trop t'épuiser. Je lui murmurerai en secret de ne pas te laisser encore trop longtemps ici, car la vie t'as oublié depuis bien trop longtemps. Je n'ais plus de force non plus, tes yeux lunaires meurtrissent mon coeur, si nous devons partir ensemble, laisses-moi nous réserver une place et t'y attendre posément.
Si là est ton souhait. Un dernier baiser pour la route... Comme tes lèvres sont douces, comme ta peau est tiède, comme tu es vivante pourtant. Mais je vois bien que tes prunelles ont déjà procédées à ton enterrement, la vie est un supplice pour tous à sa façon, elle m'a détruit de l'extérieur et t'as laissé pétrir à l'intérieur. Tes mains sont si tendres, ne perd pas ta délicatesse. Ni ce petit sourire, ah! comme il m'a manqué de voir ce rictus heureux sur tes si jolies lèvres, ma tendre, ma douce, ma si belle. Ce soir je chercherai dans le ciel, cette nouvelle étoile qui brillera...
Cette étoile est déjà tienne.